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    Studii: Matei Culcer. Lobbying Associatif et groupes d'intérets en France
    Scris la Tuesday, September 16 @ 21:58:53 CEST de catre asymetria
    Lecturi critice
    Lobbying Associatif et groupes d'intérêt en France. Enjeux et moyens, quelles contradictions? 

    INTRODUCTION 

    Un premier ouvrage en français a été publié en 1983 par Jacques- A. Basso, consacré aux groupes de pression. il les décrit alors comme étant réserver à la seule civilisation anglo saxonne. Il n'existe en Europe, selon lui, rien de comparable à l'institution du lobbyisme tel qu'elle est présente aux États unis par exemple. Il semble que la situation ait changé au cours de ces vingts dernières années. Le lobbying est depuis entré dans notre vocabulaire et dans l'équilibre politique, quoi que peu de gens sache encore ce qu'il désigne précisément. Le lobbying mis en place par les groupes d'intérêt, en tant qu'il représente «les actions d'un groupe organisé qui vise à infléchir les politiques publiques dans un sens favorable aux intérêts du groupe»1, est présent en France sous de multiples formes. Nous définirons ici les groupes d’intérêt comme des entités qui cherchent à représenter les intérêts d’une section spécifique de la société afin d’influencer la volonté politiques. Leur action excluent tout à fait la participation aux élections. Elle se fait par des moyens détournés qui vise à influencer le circuit décisionnaire, en utilisant plusieurs types d'outils que nous développeront plus loin. Cette large définition nous permet d'englober les organisations d’action collective, comme les associations, mais aussi des mouvements sociaux, des entreprises ou des acteurs individuels qui peuvent être amenés à adopter un comportement de groupe d’intérêt. Notre critère se situe donc sur la démarche des groupes d’intérêt, plutôt que sur l'aspect institutionnel ou sur le degré d’organisation de ces groupes. Si on accepte cette définition, le cercle des lobbies inclus plus que les seuls groupes d'intérêt économiques. En effet, la plupart des associations sont susceptible d'être conduites à protéger ou défendre une cause centrale. Ainsi, les représentants des groupes sociaux sont des participants actif de la vie politique dont le nombre est finalement plus important que l'on ne le pense. Le droit d'association est institué en France depuis 1901 et permet aux personnes qui le souhaitent de se réunir en vue de partager d'une manière permanente ou non, un intérêt commun. Le droit d'association qui est indissociable du droit de réunion fait partie intégrante des libertés publiques. Ainsi l'association peut notamment agir en justice, par le biais de sa personne moral, au nom d'intérêts collectifs qui entrent dans son objet social. Mais elle peut aussi utiliser d'autres moyens plus détourné pour faire entendre ses revendications auprès du pouvoir politique. La politique se fonde sur l'idée de groupe en tant que fait social premier. C’est en effet le groupe qui socialise l’individu et qui lui fournit le prisme à travers lequel il perçoit le monde. Sa caractéristique principal est d'être égoïste par nature. Ils ne cherchent, en effet, qu’à maximiser ses bénéfices, même s'il s'agit de le faire au détriment d'un autre. La compétition en vue d’une répartition favorable des bénéfices politiques explique sans doute l’équilibre des pouvoirs et du cadre politique. Les groupes latents (non organisés) peuvent se mobiliser dès lors que leurs intérêts sont menacés, ce qui garantit à priori qu’un groupe puisse exercer une domination durable, contraire aux intérêts d’un ou de plusieurs autres groupes. La situation socio économique de l'Europe et plus particulièrement de le France connait des temps difficile. La réforme des retraites mis en place cette année, les problèmes liés au logement, à la précarité des jeunes et des moins jeunes, à l'accès au soins, et à un niveau de vie décents sont autant d'aspects d'une crise qui découle des dérives du système économique mondial. C'est la volonté politique qui a soustrait ce système à l'implosion que génère des pratiques douteuses. Signe que celle ci est toujours au cœur de notre société, malgré la domination apparente de l'économie de marché mondialisé. Il convient donc, plus que jamais, pour les groupes qui souhaitent défendre leurs intérêts, de peser sur l'état. Ce qui nous intéresse ici c'est donc bien la place qu'occupe le lobbying dans le champs du social et la pertinence des moyens mis en place. En effet, à travers nos recherches il semble que se dégage une certaine contradiction, en ce qui concerne le lobbying associatif, entre les moyens et les fins. Ce que nous tenterons en dernière instance de déterminer ici. Pour cela nous présenteront d'abord le développement de l'activité lobbyiste en France aujourd'hui, ses acteurs, ses moyens et ses enjeux. Puis nous tenterons de déterminer quel est effectivement sa place dans le champs du social, en présentant une partie des associations, ou des collectifs, qui tentent de faire pression sur le gouvernement et les instances décisionnaire. Avec quels moyens, notamment l'utilisation des médias, quels objectifs et quelle réussite. Puis nous conclurons sur une réflexion concernant la pertinence de l'utilisation des médias comme relais des revendications, notamment à travers l'analyse sociologique sur le temps accéléré d' Hurtman Rosa. 

    I. Le lobbying, définition et analyse du phénomène Nous analyserons dans cette partie la place du lobbying associatif en France, les grandes catégories représentatives. Ainsi que les enjeux et les moyens à leur disposition. 

    A. Les acteurs
    1. historique du lobbying en France et dans le monde.
    La France à une attitude très spécifique concernant les groupes d’intérêt. Cette conception prend ses sources dans l’histoire politique du pays. La méfiance envers les corporations connait un essor important dans la seconde moitié du XVIe siècle, et atteint son apogée à la Révolution, où plusieurs lois interdisent tous les «corps intermédiaires» entre le peuple et l'état. Ces corps qui selon Rousseau «entravent l’expression de la volonté générale, qui ne saurait émaner que de la délibération des citoyens2 En effet, la Loi Le Chapelier, est votée en 1791 et vise a interdire les coalitions de patrons et d’ouvrier avec l'idée que: «Il n’y a plus de corporations dans l’Etat ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général. Il n’est permis à personne d’inspirer à un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un intérêt de corporation.»3 Il faudra alors attendre 1884 et la Loi Waldeck-rousseau pour que les syndicats soient autorisés, et 1901 en ce qui concerne les associations. Sous le Régime de Vichy le gouvernement tentera de rétablir les prérogative du corporatisme et achèvera ainsi d’associer aux groupes d’intérêt une connotation négative. Pourtant récemment, l'État, et plus généralement l’action publique, ont connu de profondes transformations qui tendent à accorder une meilleure place et une plus grande légitimité aux groupes d’intérêt et plus largement à de nouveaux acteurs, redistribuant alors les parts relatives au pouvoir entre État, société et économie. Ce phénomène est renforcé par la politique de décentralisation, qui reproduit ces évolutions au niveau des collectivités territoriales. Selon E. Grossman, chercheur au Cevipof (Sciences Po) et enseignant à l'IEP de Paris, et S. Saurugger, professeur des universités à l'IEP de Grenoble et chercheur à Pacte, auteurs de plusieurs ouvrages et articles sur le sujet, deux systèmes se trouvent confrontés. D'une part, le modèle représentatif que nous connaissons et qui forme avec le vote, et le suffrage universelle, la pierre angulaire de nos démocratie moderne. D'autre part, la théorie du système fonctionnel, selon laquelle le système en question remplacerait petit à petit les formes politiques dites, « représentatives ». Cette idée prend ses racines dans le constat du déclin de l'équilibre bipolaire du citoyen et de ses représentants, au profit de nouveaux acteurs émergeant qui seraient les mouvements sociaux, ou les groupes d'intérêts. Cette tendance serait à l'origine d'une nouvelle organisation politique qui prendrait ses racines et sa légitimité dans des instances parallèles à celle institutionnalisé par les pouvoirs publics. En effet, dorénavant, d'une manière ou d'une autre, des groupes n'ayant d'autre légitimité à existé que celle qu'ils se confèrent, participent à la délibération. Les groupes d’intérêt peuvent être considérés comme des acteurs contribuant à attirer l'attention des pouvoirs publiques, sur tel ou tel sujet, en instaurant des débats dans lesquelles, idéalement, les membres peuvent échanger leurs opinions de manière raisonnée. Ils participent par ailleurs, à des échanges avec les citoyens et les acteurs politiques via les médias ou internet, ou d'autres manifestations locales devenant ainsi des acteurs du l'équilibre du système démocratique en France. Enfin, on constate également une professionnalisation du lobbying et la création d’un véritable marché, avec la création d’agences spécialisées qui disposent de moyens de plus en plus élaborés et variés pour exercer leur influence.
    1. Les grandes catégories.
    Nous avons repris les trois grandes catégories que dégage Gilles Lamarque. Chargé de cours à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales, dans son ouvrage sur le lobbying. Selon l'auteur « Il existe des lobbies permanents et des lobbies plus éphémères. » 4qui se forment en fonction des besoins. Ces groupes d'intérêt tentent de défendre leur position par rapport aux actions publiques. Il différencie les lobbies qui exercent leur activité au grand jour, voire de manière « quasi institutionnelle», des lobbies qui exercent leur influence de manière plus détournée. C'est d'ailleurs selon lui ce types d'actions qui nourrit la suspicion à l'encontre du lobbying. G. Lamarque dégage donc trois grandes catégories de lobbyisme.

     a. « Il existe des organisations dont le lobbying est la finalité mais qui réfutent la qualification de lobby au nom de sa connotation péjorative. » Se sont les syndicats comme groupes de pression, le lobbying patronal ou encore les organisations professionnelles. Historiquement, les syndicats sont les premiers groupes de pression à avoir vu le jour ou au moins à avoir reçu cette attribution. Leur capacité d'influence a été longtemps jugée nuisible à la défense des intérêts de l'État. Leur existence est légale à partir de 1884. Elle l'était dans les faits depuis 1864 avec la reconnaissance du droit de grève. Aujourd'hui, les syndicats occupent aujourd'hui une place quasi officielle dans les institutions de la République. Parallèlement à leur mission classique de représentation des salariés, ils exercent certaines prérogatives de puissance publique puisqu'ils sont appelé à la concertation et au débat par les pouvoirs publiques eux même, même s'ils ne sont pas toujours entendu. En effet, dans la conception moderne des rapports sociaux, les syndicats de salariés, comme les représentants des employeurs, sont des partenaires sociaux. Lorsque l'État entreprend de modifier la législation sociale, il soumet préalablement ses projets à l'avis des syndicats au nom de la concertation.

    b. « Il existe des personnes morales qui, sans être des lobbies, font du lobbying à titre principal ou accessoire. » Ces dernières années sont apparus des structures auxiliaires au lobbying sous la forme de cabinets spécialisés. Cette situation correspond à une professionnalisation du secteur. Se sont par exemple des consultants en management , en communication, ou des avocats qui revendique également une spécialisation en lobbying. On constate le développement d’un véritable marché de travail du lobbying avec des ressources et un savoir-faire précis, en dehors des compétences concernant un secteur social spécifique mais tournée vers une activité de lobbiysme « pur ». D'ailleurs, d'anciens négociateurs, hommes politiques (Tony Blair, Bill Clinton) ou hauts fonctionnaires trouvent un débouché de plus en plus intéressant dans le secteur du privé. L'activité de conseil en lobbying est cependant en France une profession relativement récente et peu développé. La situation diffère fortement de celles des pays anglo-saxons. Dans un premier temps, les mentalités françaises assimilent encore largement le lobbying à la corruption et au trafic d'influence. Dans un deuxième temps, l'éclosion de la profession dans certains pays à été servie par une réglementation généralement peu contraignante mais garante de la transparence nécessaire au respect de la démocratie, ce qui n'est pas le cas en France où l'activité est souvent considéré à la limite de la légalité dans certains de ses aspects et n'est pas encadré par législation spécifique. Il existe de nombreuse professions qui tendent à faire du lobbyisme leur activité. Comme par exemple les cabinet de conseil en lobbying. Ces entreprises privés spécialisé dans le lobbying offrent à la base un service pluridisciplinaire. Leurs prestations combinent en effet l'assistance juridique et technique et la connaissance des circuits de décision. « Les conseils » comme on les appellent se placent dans une perspective stratégique pour justifier leur intervention. Ils élaborent avec leurs clients les méthodes d'approche. Ils hiérarchisent les priorités avec plus de recul, et en se plaçant du point de vue des autorités publiques. Ce qui peut faire défaut a un lobby convaincu de la pertinence de ses analyses et de ses actions. Enfin, ils les conseillent sur leurs recherches d'alliances et définissent avec eux les voies de repli. 
    c. 
    « Il existe des lobbies convaincus de faire du lobbying, et dont on peut estimer après examen qu'ils ne font pas de lobbying. »

    Cette situation particulière est caractéristique des réseaux d'anciens élèves des grandes écoles et des partis politiques, des cercles de réflexion et des clubs de notables. Nous présenterons ici les réseau d'anciens élèves mais aussi les conseils en marketing politique, pur produit du 20ème siècle. Les réseaux d'anciens élèves de grandes écoles sont en France un moyen privilégié de faire du lobbying. La formation des élites est en effet à l'origine de la création d'un réseau d'influence. Pour le plus grand nombre, les anciens élèves de quelques grandes écoles monopolisent l'exercice du pouvoir. Pourtant, si effectivement ses « lobbies » font du lobbying pour leur compte, ils permettent aussi à leurs membres d'exercer, au moins partiellement, un contrôle sur les processus de décision. Pourtant, selon G. Lamarque il ne faut pas « confondre les causes de la concentration du pouvoir avec ses effets »5 les personnes issues des grandes écoles ne font pas spécifiquement du lobbying même si elles peuvent faire partie d'un réseau. Selon G. Lamarque, on constate bien la propension des élites administratives à investir tous les centres du pouvoir « Sur la centaine de postes de présidents-directeurs généraux de grandes entreprises, la moitié est occupée par des anciens élèves de ces établissements. »6 et cela aussi bien dans les milieux de l'industrie, dans la banque, de la finance, au sein des organisations professionnelles ou de l'Université. Les réseaux des grandes écoles prennent donc effectivement une place importante de la structure du pouvoir. « Ceux qui ne sortent pas du sérail sont rejetés à la périphérie et contraints à prendre appui sur d'autres réseaux pour pallier les tares originelles de leur formation. »7 Néanmoins, selon lui, la forme particulière de l'administration, hiérarchisée et divisée en « corps »le contrôle démocratique et l'influence des contre-pouvoirs, notamment de la presse, ne permet pas aux réseau d'anciens élèves de former une corporation uniforme et d'exercer une trop grande forte pression sur les instances de l'État. D'autre part, le lobbying prend de plus en plus appui sur l'opinion publique. Celle ci ne peut être influencée au-delà d'une certaine mesure. Cette influence est raisonnablement bridé d'une part en amont de l'État, avec l'influence croissante des niveaux de décision communautaires sur lesquels l'impact des ces réseaux para-scolaires est réduit. D'autre part en aval de l'État, avec la décentralisation qui ressuscite le pouvoir des notables locaux et renforce le poids des instances locale sur les décisions politiques. Les réseaux d'anciens élèves exercent pourtant parfois activités considérés comme lobbyiste. Si nous prenons en compte le fait qu'ils fassent en sorte de promouvoir les intérêts de leurs membres en tissant des liens de solidarité professionnelle entre leurs anciens élèves ou entre les anciens d'un même corps. Ils défendent alors les intérêts moraux et collectifs de leurs adhérents ce qui, n'en fait pas strictement des instances permanentes de lobbying mais au moins des acteurs qui savent réagir avec efficacité à toute remise en cause de leurs intérêts. .Les conseils en marketing politique sont, quand à eux, issus au départ du milieu publicitaire et appelés par les hommes politiques pour les assister dans leur politique de communication, en particulier à l'occasion des campagnes électorales. Ces professionnels disposent à la fois de l'entregent indispensable à l'exercice de la profession et de la maîtrise des instruments de communication qui prennent aujourd'hui une part de plus en plus importante dans le succès d'une action. Ils ne font pas du lobbying pour le propre compte mais sont plutôt des référents en ce domaine. 
    B. Les enjeux Le lobbying vise à exercer une influence dans tout les domaines de la société, politique, économique et social. Mais plus que cela il devient également partie intégrante du système politique.
    1. Politiques
    Le Lobbying à des objectifs politiques mais surtout il devient un élément du système, à l'origine de deux théories de modèle politique. Le modèle « pluraliste »8 et le modèle « néocorporatiste »9 Basé sur l’exemple américain, le modèle « pluraliste » met les groupes à ma base de la vie politique. Selon Arthur Bentley, pionniers de ce courant, « tous les phénomènes de gouvernement sont des phénomènes de groupes faisant pression les uns sur les autres, se formant les uns les autres et produisant de nouveaux groupes et représentants (les organes et les agences de gouvernement) afin de négocier les ajustements »10. Mais comme nous l'avons souligné précédemment, ces groupes ne poursuivent que leur intérêt, sans penser au bien public. Au premier principe du « fondement groupal de la politique », la théorie pluraliste en ajoute un second, le « checks and balances »: Qui désigne le fait que « La domination durable d’un groupe est empêchée par l’émergence permanente de nouveaux contre-pouvoirs, c’est-à-dire de groupes en opposition au groupe dominant. »11 Cette vision de l'équilibre politique est proche de la théorie libéral de l'auto régulation du marché économique. Le rôle de l'état n'est pas différent de celui d'une bureau d’enregistrement des rapports de force entre groupes d’intérêt. Dès lors le risque latent est que ce soit les groupes économiques, plus puissants, qui l’emportent systématiquement sur les autres, ou encore, que l'état deviennent de plus en plus difficile à gouverner face aux demandes croissantes émanant de la société. L'autre modèle dit « néocorporatiste » décrit le fonctionnement d'autres pays, comme l’Autriche ou la Suède, qui semblent assuré un degré convenable de croissance économique et de paix social, mais qui est tout de même mis à mal par la mondialisation et l'interdépendance des économies qui diminue la capacité d'action et de négociation des groupes au niveau national. Selon l'étude de E. Grossman et S. Saurugger, dans ce système, « les individus font partie d’un nombre limité d’organisations, auxquelles l’adhésion est obligatoire ». Ces organisation sont selon eux « hiérarchisées et différenciées par secteur économique ».12 Elles peuvent être légitimé ou crées par l'État, qui leur accorde un niveau de représentation dans le secteur spécifique en échange d’un certain contrôle concernant le processus de sélection des dirigeants ainsi que dans la formulation des demandes politiques que ces organisations véhiculent. Le lobbying peut avoir des enjeux politique, comme l'assouplissement des réglementations de tel ou tel domaine mais nous constatons en réalité que plus généralement tout enjeux politique à en réalité un impact économique ou social.
    1. Économique
    L'influence des groupes d'intérêt au niveau économique à essentiellement pour objet la liberté économique et le respect de la concurrence. Le danger dans ce type de fonctionnement est de voir les groupes les plus riches, le plus souvent des groupes d'intérêt économiques, monopoliser l'attention grâce aux important moyens financiers mis à sa disposition. En effet, « Pour avoir une chance d’être écoutés, les groupes les plus riches recrutent des agents spécialisés pour élaborer leurs supports de communication et développent leur capacité à fournir des informations sur les conséquences électorales des décisions parlementaires ou sur celles d’un changement politique . »13 A l'exception des domaines d'intervention de l'État qui correspondent à ses fonctions régaliennes, la plupart des décisions de la puissance publique, quelle que soit l'autorité habilitée à les prendre, intéressent directement ou indirectement les acteurs de la vie économique et sociale, donc leurs représentants, les lobbies. La crainte ou l'espérance de retombées économiques sont de fait à l'origine de la plupart des actions de lobbying. Les groupes de pression ne sont pas des services publics financés par l'impôt. Leurs interventions ont un coût qui ne peut se justifier pour les adhérents du groupe que par les répercussions attendues d'une décision publique. Ainsi, les entreprises, les grands groupes industriels, directement ou pas, engagent des actions de lobbying uniquement parce qu'elles y voient le moyen d'améliorer leurs bénéfices, leur conditions d'existence sur le marché, ou seulement dans le but de faire disparaître une menace que fait peser sur leurs intérêts économique une décision de la puissance publique. Tout lobbying est ainsi à finalité économique au sens le plus large du terme. Dans sa démarche, le lobby doit regrouper l'information. Il doit transcrire des situations individuelles en termes macro-économiques pour s'adapter à la vision de la puissance publique. II doit illustrer sa démonstration par des situations individuelles pour souligner la nécessité des réformes suggérées. L'économie intervient au stade de l'argumentation. L'économique est la fin, la norme juridique n'est que le moyen.
    Selon G. Lamarque, l'impact du lobbying dans l'économie a une plus grande chance d’être entendue dans domaines, qui cumulent certaines des caractéristiques suivantes: « faible visibilité de l’enjeu, retombées fiscales évidentes pour le plus grand nombre, caractère non idéologique, indifférence de l’opinion, consensus des autres groupes, proximité d’une échéance électorale et prise en charge gouvernementale.»14 Se sont le plus souvent des domaines limités et spécialisés.
    1. Sociaux
    Les contraintes financière pèse plus pour les groupes d'intérêt non économique que pour les groupes d'intérêt économique. Sabine Saurugger et Grossman, Emiliano dans leurs articles issu d'un séminaire consacré aux groupes d'intérêts français souligne que le concept de « démocratie associative » met l’accent sur les capacités de gestion des associations, mais également et sur leur contribution potentielle à l’ordre démocratique. Selon cette étude, les associations peuvent « renforcer la souveraineté populaire et l’égalité politique, améliorer l’équité distributive, la conscience civique, la performance économique et renforcer les capacités de l’État. »15 Toutefois, les auteurs soulignent en s'appuyant sur l'analyse de J. Cohen et J. Rogers auteur d'un ouvrage sur la « démocratie associative » aux états unis, que la participation des groupes n’est bénéfique qu’à certaines conditions : « ils doivent posséder des domaines d’intérêt étendus mais clairement définis ; permettre à un grand nombre de membres l’accès à des domaines de travail spécifiques ; être en mesure de discipliner leurs membres vis-à-vis desquels ils sont responsables ; bénéficier d’une structure organisationnelle stable et généralement acceptée et, enfin, posséder un statut quasi public qui renforce le pouvoir du groupe » 16
    Ces domaines d'intérêt sont le plus souvent, La défense de l'emploi, la prise en compte des spécificités des secteurs, la promotion de nouvelles politiques sociales ou leurs maintient. Les difficultés des mouvements associatifs proviennent de leur extrême hétérogénéité à la fois dans leurs formes, leurs organisations, et dans leurs implications dans les rapports de pouvoir. 

    C. Les moyens Dans le cas français, la participation des personnes morales au financement de la vie politique est l’une des formes les plus directes, (les partis politiques ont reçu près de 200 millions de francs de « dons » de personnes morales en 1994) et les plus voyantes de lobbying. Elle a été interdite en 1995, ce qui a peut-être encouragé une diversification des actions engagées notamment sans doute en premier lieu par les grands groupes dépendant des commandes publiques comme Bouygues ou Dassault.
    1. La détermination d'une stratégie
    Dans leur ouvrage sur les groupes d'interêt en France, Emiliano Grossman et Sabine Saurugger établissent une liste de cinq types d'actions : • la négociation et la consultation, par lesquelles les acteurs politiques et administratifs invitent les groupes d’intérêt à participer aux processus décisionnels. En tant qu'elle vise à défendre les intérêts d'un groupe. La concertation peut être, elle aussi, considéré comme une méthode de lobbying même si en réalité, toutes ses fonctions ne relèvent pas du lobbying. En effet, bien que les syndicats cherchent le plus souvent à s'appuyer sur les représentants de l'État, la conduite des relations sociales appartient à la négociation entre les représentants des employeurs et les représentants des salariés, et relève d'avantage de rapports de droit privé. • le recours à l’expertise ; recours à des cabinets de consultants, marketing politique, cabinet de conseil etc.. • la protestation, qui investit l'espace public pour faire connaître les intérêts de l’acteur, mobilisant ainsi à la fois les autorités, les médias, l’opinion publique et les sympathisants de la cause. C'est celle qu'utilise entre autres actions le collectif Jeudi noir que nous étudierons en seconde partie.
     • la juridicisation en tant qu'elle est l'utilisation du pouvoir judiciaire pour la défense d’intérêts, les tribunaux rendant notamment des décisions qui apparaissent comme des défenses de l’intérêt général contre certains intérêts spécifiques. • la politisation, enfin, qui consiste à transformer le groupe d’intérêt en parti politique mais le fait par définition sortir du champ du lobbying à proprement parler. L’éventail des moyens d’influence disponible pour quiconque cherche à défendre un intérêt est vaste. Les Américains précurseur en ce domaine restent sont connus pour mettre en place des actions de lobbying parfois spectaculaires : « La NRA (National Rifle Association, lobby américain défendant le droit de porter des armes à feu) a la capacité de faire parvenir 3 millions de télégrammes en 72 heures et de bloquer l’usage des téléphones au Congrès en saturant les standards d’appels extérieurs (…). L’association des retraités peut de son côté faire expédier 15 millions de cartes postales à un seul parlementaire en un jour. En 1996, General Motors a utilisé 36 lobbyistes avec un budget de 7 millions de dollars (…). En 2005, Hewlett Packard a dépensé 734 000 dollars pour un seul texte ».17 Qu'elles soient spectaculaires, ou plus discrètes ces actions n'en nécessite pas moins un réseau et des soutiens important ou à défaut judicieusement disposé afin d'avoir un véritable impact.
    1. le réseau.
    L'activité de lobbying à laquelle s'adonne les groupes d'intérêt est fortement conditionnée par la possession d'un réseau étendu. Le fait de posséder un carnet d'adresses est une condition qui sans être indispensable est favorable à la conduite des actions. Selon G. Lamarque, « Les lobbyists professionnel sont le plus souvent des hommes de relations publiques rompus à la négociation et qui disposent de sources d'information ainsi que d'appuis dans la plupart des centres de décision. »18 En ce qui concerne les groupes d'intérêts non économique ou « latent » le réseau facilite également les prises de contact et leurs efficacités dépend donc aussi largement du réseau dont ils disposent comme de leur capacité à en faire bon usage.
    1. La maitrise du droit.
    Le rôle d'un lobby est de créer une nouvelle norme de supprimer ou infléchir une Loi existante. L'analyse juridique est dès lors une condition d'efficacité du lobbying. En effet un lobby peut se contenter de présenter des recommandations globales dépourvues de propositions concrètes mais la véritable stratégie de lobbying supposent que le groupe d'intérêt procèdent à une mise en forme juridique de ses demandes. La plupart du temps c'est l'apanage des grandes institutions dont les collaborateurs maîtrisent les techniques et le langage de l'action administrative. Ce qui est un atout considérable dans la négociation.
    1. La maitrise de la communication.
    La communication est un part importante du travail de lobbying notamment dans le champ du social. De fait, le lobbying est pour une large partie un travail sur l’information. Aussi bien via l'information direct, par la mise en place de veilles stratégiques, la réalisation d’études scientifiques, de livres blancs, ou de colloques parlementaires qui rassemblent élus et membres de la société civile sur un thème d’actualité. Que sur le plan de la communication de masse avec internet et l'utilisation des médias nationaux comme relais de revendication auprès de l'opinion publique. Nous reviendrons au cours de la deuxième partie sur ses moyens appliqués plus spécifiquement au lobbying associatif qui est le cœur de notre sujet. 

    II. Le Lobbying associatif Après ces considérations sur la place du lobbying en France, il convient de faire un état des lieux des associations dans l'espace public et de leurs activités lobbyistes.
     A. Les associations en France 
    1. Le lobbying associatif en france Aujourd'hui, les associations sont en plein essor. Leur nombre à quasiment doublé depuis les années 80. A la fin du siècle, la France comptait environ 900 000 association recensé, tous types confondu. De nouveaux syndicats (Sud) et de nouveaux mouvements sociaux ont émergé, depuis les mouvements de défense du consommateur, les mouvements écologistes jusqu’aux mobilisations de groupes « latent » comme les sans-papiers, sans abris etc.. Ce qui multiplient les terrains susceptibles de provoquer des mobilisations citoyennes. Selon de nombreuse études, les années 90 ont vu apparaître un phénomène de crise de la représentation en France. En effet, on constate ces dernières années une diminution du nombre de syndiqués, doublé d'une augmentation de l’abstention électorale. Les associations et les collectifs sont nombreux à être entré dans la sphère politique dans les 20 dernières années. Leurs actions portent aussi bien sur l'écologie (Greenpeace), sur la pauvreté (ATD quart monde), le racisme, (amnesty international), les maladies sexuellement transmissible et leur prise en charge par les pouvoir publique ( Act up sur le sida) mais aussi sur des thèmes tel que les problème de logement (La Dal, Les Enfants de Dom Quichotte) ou encore la situation des jeunes sur le marché du travail (Génération Précaire). Ces associations ont compris que agir uniquement au niveau locale était insuffisant. En effet, afin d'avoir un impact elles doivent également agir au niveau de l'État, sur les politiques public. Comme tout bon lobbyiste. Ces mouvements sociaux, comme l’ensemble des groupes d’intérêt, ont également pris acte d’une tendance lourde, celle de l’internationalisation. Dès lors, les mobilisations sociales se font de plus en plus à l’échelle européenne ou mondiale, et les grandes entreprises n’oublient pas que certaines décisions qui les concernent sont prises ailleurs que dans leur pays d’appartenance, que ce soit à Bruxelles (siège du Conseil européen) ou à l’OMC par exemple. Néanmoins, et bien que cette dimension soit importante, nous resterons centré au niveau national faute de temps et afin de ne pas nous écarter du sujet. 

    2. Analyse du fonctionnement du lobbying associatif. Objectifs et moyens. 
    Nous pouvons identifier deux stratégies de négociation différent et parfois complémentaire, la pression et l’interaction. La stratégie de pression reposerait sur un comportement de domination en terme d'image, voire de capture de l'opinion publique, de la part de l’association. Faire pression consiste le plus souvent à imposer un déficit récupérable ou pas, de temps, d'images ou de tout autres choses que puisse influencer le lobbyiste et qui a une valeur intrinsèque aux yeux de tout les acteurs. À l’inverse, la stratégie d’interaction privilégierait un mode de relation plus équilibré avec les autorités en présence, qui laisse place aux arbitrages et aux éventuels compromis, la concertation en est une des formes pratiques. Les associations utilisent aujourd’hui des moyens diversifiés pour transmettre leurs messages : presse, télévision, internet. Les stratégies déployées par les associations sur internet faisant appel public aux dons en est un exemple. Les statistiques de fréquentation des sites Web associatifs sont là pour donner la mesure du succès de l’entrepreneuriat institutionnel en cours. Par essence, les associations sont des entrepreneurs institutionnels potentiels. Elles sont capable d'être moteur d'un certain nombres d'innovations au niveau institutionnelle pour modifier les normes définis. La lutte contre le SIDA ou la mise en place des services de proximité à la personne, les problèmes de logement et aujourd'hui avec le rapport du Secours Catholique, les ressources des personnes. Tout ces domaines ont acquis une dimension institutionnelle grâce à l’activisme associatifs et à ces deux facettes que Madina Rival nomme « l’utilisation du discours »19 et « l’action collective ».20 « Le discours est une production organisée du langage. Cet objet construit peut être oral mais également écrit. Sous ses différentes formes il permet l’institutionnalisation de pratiques. »21 L’utilisation du discours associatif est une stratégie qui se base sur les valeurs et fait référence à une légitimité morale, favorable, ou opposée au changement, par une action qui vise à faire le « bien ». les associations doivent se trouver et théoriser un positionnement légitime. Celui-ci doit être adapté à leur objet social et à leurs objectifs. Il doit servir leur intérêt tout en rencontrant l’assentiment du plus grand nombre. L’action collective associative agit sur plusieurs niveaux. Les associations peuvent se regrouper, soit entre elles, soit avec d’autres acteurs du secteur marchand ou du secteur public. En France, cette action collective des associations a même été institutionnalisée par la création en 1983 du CNVA (Conseil national de la vie associative qui compte 76 membres : 66 représentants d’associations et 10 personnalités qualifiées). Cette instance consultative placée auprès du Premier ministre joue un rôle d’expertise sur toutes les questions relatives à la vie associative et de concertation avec les pouvoirs publics. (Voir chapitre sur les enjeux politique et le neocorporatisme) L’association peut être aussi le produit d’un regroupement d’acteurs. Comme avec les organisations de défense de professions ou les collectifs et associations qui cherche notamment à mettre en place des coalitions et des partenariats avec les collectivités locales où les autres instances de l'autorité publique. 

    B. L'exemple de Jeudi Noir. Quelle bilan? 
    1. L'émergence du mouvement Le collectif Jeudi Noir est crée en Octobre 2006 par un petit groupe de personne provenant de «Génération Précaire», une quinzaine de personnes s’y associent dénoncant la spéculation immobilière et les difficultés à se loger que connaissent les jeunes issus des classes populaires et moyennes. Ne disposant pas d'un réseau étendu, de soutien politique ou de fonds élevés, les militants de Jeudi Noir font le choix d’un répertoire d’actions sous la forme notamment d'action collective, axé sur la captation de l’attention des médias dans le but de toucher les politiques à travers l’opinion publique. Durant la période novembre-décembre 2006 ils font des actions médiatiques, de type «fausse crémaillère ». Il s'agit de simuler une fausse crémaillère, avec boissons musique et confettis avec des journalistes, dans un logement proposé à la location à un prix exorbitant. Ces actions festives, «clé en main » pour les journalistes, ont d’importantes répercussions médiatiques et font l'objet de nombreux passages dans les journaux nationaux. Le premier janvier 2007, ils réquisitionnent, avec les associations MACAQ et Le DAL, un immeuble vide, de la banque CIC, situé au 24 rue de la Banque, en face de la Bourse. Ils baptisent ce bâtiment Ministère de la Crise du Logement (MCL) et s’immiscent alors dans la campagne présidentielle, invitant les candidats à débattre du logement. En juin 2007, la spéculation fait toujours grossir la « bulle immobilière ». Le collectif décident alors d’élargir leur groupe militant et organisent, le 30 juin 2007, le « salon du logement étudiant vraiment pas cher ». En septembre le collectif se voit élargi à une quarantaine de personnes, mais deux échecs successifs de réquisitions d’immeuble vacant réduisent ce nombre à une trentaine. En Septembre 2010, le groupe connaît une quinzaine de personnes actives dans le collectif, qui participent à la grande majorité des réunions, une autre quinzaine moins actives, qui participent par intermittence, et enfin des militants occasionnels venus par « curiosité, convictions, ou juste pour se divertir. » selon les propos recueillis auprès de Simon Marx Cohen auteur d'un mémoire de Sociologie politique sur le sujet et militant actif au sein du collectif.
    1. Actions et Bilan
    L'illégalisme sectorielle est la principal voix du mouvement. Cécile Péchu théorise l'illégalisme sectorielle comme « le squat en tant qu’occupation volontaire et publique d’un bâtiment, en vue de son utilisation à des fins d’habitations, présente une spécificité comme mode d’action. Il constitue, en même temps qu’un outil de revendication, une réponse à la demande qu’il porte : il s’agit de prendre le toit que l’on revendique. On considère donc qu’il s’agit d’un « illégalisme sectoriel », en ce sens que l’illégalisme est directement lié à l’enjeu de la revendication et se limite à celui-ci. »22 Toutefois, ce type d'action, parfaitement illégal, doit se faire avec le soutien de l'opinion publique. En effet, s'il s'agit bien d'une part pour le collectif de « loger » dans des bâtiments parce qu'ils en ont besoin, l'importance d'alerter les médias et par ce moyen le pouvoir politique s'impose également. La différence de Jeudi Noir est sans doute d'avoir immédiatement théorisé cette idée et réunis les conditions nécessaire à sa réalisation, au cœur même de son action, dans sa forme autant que dans sa mise en place. « La particularité des actions Jeudi Noir, c’est qu’elles sont cadrées pour les médias. Il ne s’agit pas de faire une action militante et que les médias s’en saisissent, mais de faire une action cadrée, clé en main, où les médias n’ont plus rien à faire. »23 Interview d'un membre de jeudi Noir sur l'utilisation des médias dans le cadres du répertoire d'action collective. « Quand on a créé Jeudi Noir, on l’a créé pour [les médias]. On a réfléchi le « paquet » [...], on a, je peux parler comme ça cache, c’est pas qu’il n’y a pas de sincérité dans le truc, vraiment ça a été créé, conçu, et le mode d’action et le discours pour qu’il soit orienté média. C'est-à-dire, il faut une action où on n’a pas besoin d’être 20, où même à 10, ce n’est pas le ridicule, parce qu’on avait peur du ridicule. Il faut une action, sympa, [...], il faut une action où le journaliste aussi ait envie de venir, et il faut une action où enfin on ait une espèce d’unité. Un truc assez fou pour que le journaliste ait un prétexte pour se déplacer. On va pas manifester dans la rue... et en gros, il faut un truc qui, et c’est là qu’il y a le trait de génie, [...] qui rassemble les gentils, les méchants, les militants etc. et en fait avec la visite d’appart, telle qu’on l’avait imaginée, c'est-à-dire la visite collective : t’as le témoin, tu sais le type qui dit « je suis en galère », t’as le militant qui crée l’accroche « qui dit oui, le gouvernement ne fait rien » et t’as l’autre en face, le propriétaire en face qui dit « moi je suis le marché ». Et hop ça te fait un sujet. Et on le voit vraiment bien [à] la télé. A chaque fois que la télé est venue, bon rarement le propriétaire accepte de parler, mais bon ils ont l’interview du militant, ils ont l’interview de la victime, entre guillemet, témoin de la galère, et ils ont un laïus derrière qui dit, « les prix ont augmentés de 100%, que fait le gouvernement ?». Et hop ça te fait un sujet de 50 secondes et c’est hyper calibré. Voila. On l’avait construit comme ça pour être très honnête. Voila. Mais ça on la construit comme ça en septembre 2006. » Leur répertoire d’action agit d’abord sur le symbolique et cela pour la simple raison que leur principal objectif, tel qu’il a été défini en octobre 2006, est lui aussi symbolique. Alors que les squatteurs ont souvent pour but d'ouvrir des lieux de vie, associatifs, politiques, eux insistent beaucoup sur l’idée de changer l’image du squatteur, qui loge dans les bâtiments qu'il réquisitionne et cela dans un but politique. Ils souhaitent en réalité changer l’image du « punk à chien » dans un squat et imposer celle de Monsieur-tout-le-monde touché par la crise du logement, qui «réquisitionne» un logement pour pouvoir vivre décemment, et ça dans le but de faire réagir les pouvoirs publics : « on caresse l’opinion publique dans le sens du poil : « regardez ce bâtiment qu’on ouvre, c’est monsieur-tout-le monde qui sont à l’intérieur »24 Mais le bilan est mitigé. Il ne compte qu'une victoire tangible, le rachat du bâtiment réquisitionné en 2006 et baptisé MCL (ministère de la crise du logement) par la mairie de Paris, pour en faire des logements sociaux. Le militant que nous avons rencontré considère également que la Loi DALO est également le fruit de leurs actions conjointe avec d'autre association comme les Enfants de Dom Quichotte. Actions conjointe mais pas coordonnée qui n'a aboutit qu'à une victoire partiel, bien que mérité. Aujourd'hui, si le collectif existe toujours et réquisitionne de nouveaux bâtiments à chaque fois qu'il est délogé, les promesses qu'ils obtiennent ne viennent que des candidats de gauche, et leurs immixtions actuels des hautes sphères n’entraîne finalement aucune réponse législative. Il y a un mois, juste avant la trêve hivernale l'hôtel particuliers, vide depuis trois ans, place des Vosges, qu'occupaient le collectif, a été investit par les CRS qui ont procédé à leur expulsion.

    C. L'utilisation des médias dans le cadre du lobbying. Un outil maitrisable? 
    Nous avons vu jusqu'ici, notamment à travers ce dernier exemple, à quel point, les médias en tant que relais de communication et de sensibilisation, ont un rôle essentielle dans l'activité de lobbying associatif. Il nous paraît donc nécessaire de faire une analyse plus approfondis de ce phénomène.
    1. Les médias et les associations. Des objectifs contradictoires.
    L’influence des médias est une donnée important dans le dialogue social. Elle ne peut se comprendre que dans le cadre d’interactions complexes entre elle et les intérêts, les stratégies et les positionnements des acteurs. En effet, les médias exercent deux types d’influence sur le dialogue social. Ils contribuent à modifier l’organisation et l’image des acteurs sociaux et peuvent aussi influencer une négociation sociale, en pesant sur son agenda, son rythme et parfois son issue. Pourtant, les médias privilégient une représentation du dialogue social centrée sur sa mise en scène à l’occasion d’un moment fort sorti de son contexte, alors que le dialogue social est un processus. C'est à dire qu'il va mettre en exergue un moment de crise, « pris sur le vif » en omettant les tenants et les aboutissants du processus. Ceux ci auront également tendance à mettre en scène les formes traditionnelles de conflits (grèves, manifestations) au détriment des formes non conflictuelles du dialogue social, concertation, réflexion, analyse, débats qui sont pourtant le fer de lance de l'activisme social. C'est-à-dire que les rapports de force entre acteurs et les enjeux politiques du dialogue social au détriment de l’analyse juridique et technique qui présente un caractère insuffisamment spectaculaire. De plus, les médias favorise une personnalisation des acteurs et des exemples individuels au détriment de la présentation des enjeux collectifs en faisant du dialogue social, et des problématiques politiques, des enjeux d'égo. Dès lors Il apparaît que les médias traitent effectivement du dialogue social de façon partielle. En effet la polarisation du traitement médiatique sur quelques approches sélective s’explique largement par les contraintes propres aux médias. Notamment par la dévalorisation du domaine des questions sociales en général et du métier de journaliste social. En fait, plus largement, il semble que le problème soit le manque d’expertise des journalistes sociaux pour traiter du dialogue social dans toute sa complexité ou encore les contraintes financières qui pèsent sur les rédactions et les incites à aborder certains sujets avec prudence. Néanmoins, il convient de ne pas minimiser les stratégies mise en place par les acteurs du dialogue social. Celles ci ont également un impact sur le traitement médiatique. Les partenaires sociaux ont professionnalisé leurs outils de communication afin d’établir ou de renforcé leur visibilité dans les médias. Cherchant comme nous l'avons vu à influencer le traitement que font les médias du dialogue social et à orienter, par leur intermédiaire, l’opinion publique afin de peser sur le pouvoir politique. De son côté, la politique de communication et d’information de l'État ne joue clairement pas son rôle dans le dialogue social. La communication institutionnelle n’est pas assez développée et les structures compétentes (SIG, SICOM: organes de communications) ne sont pas parvenues à résoudre la confusion entre communication politique et communication institutionnelle. Par ailleurs, la production et la diffusion de l’information sociale par les institutions elle même présentent encore des insuffisances. Si les médias ne sont donc pas des acteurs à part entière des négociations sociales, ils contribuent à la lisibilité ou au manque de lisibilité du dialogue social pour l’opinion publique. A travers nos lecture nous avons envisagé trois axes de proposition à destination des pouvoirs publics qui pourraient améliorer la visibilité et le traitement du dialogue social dans les médias. Dans un premier temps, il semble nécessaire d’améliorer de manière directe la qualité du traitement du dialogue social dans les médias. C'est à dire encourager la production et la diffusion médiatique de sujets permettant aux citoyens de s’approprier les enjeux du dialogue social. Dans un second temps il semble indispensable d'améliorer la formation initiale et continue ainsi que l’expertise des journalistes dans le domaine du dialogue social. Par ailleurs, la modernisation de la production et de la diffusion d’informations sociales devrait être une priorité aussi bien au niveau national, que local. Enfin, dans un troisième temps, la communication institutionnelle qui relève de l'intérêt général pourrait être rénovée et développée afin d'offrir à ses usagers une meilleur visibilité. Ces axes ne feront pas ici l'objet d'un développement. Il mérite à eux seuls de faire l'objet d'un mémoire.
    1. L' «accélération sociale» selon l'analyse d' Hartmut Rosa.
    L'ouvrage d'Hartmut Rosa sur L’accélération, une critique sociale du temps est une analyse sociologique des rapports au temps, dans notre société, en tant que phénomène structurant de l'histoire, du mode de vie, tout comme de l’évolution sociale en général. C'est cet aspect qui nous intéresse ici. Selon son analyse le rapport au temps est une notion absente de notre analyse de la modernité, cette dernière tenant compte d'avantage des processus de rationalisation ou d’individualisation. C'est pourtant selon lui notre rapport au temps, à son accélération quoi nous permet d'éclaircir la dynamique de la modernité. Son ouvrage expose une théorie de l’accélération sociale qui comprend l’accélération technique, l’accélération du changement social et l’accélération du rythme de vie. Il identifie « les manifestations et les origines de la raréfaction du temps disponible »25. Alors que l'individu accède à des technologies qui lui permette de réaliser plusieurs tâche en parallèle et à accomplir plus rapidement un certain nombre de tâche quotidiennes. L'auteur construit en réalité une « critique social du temps ». Il souligne l'apparition de phénomène de « détemporalisation » social, à travers une perte d'identité et une dissolution des attentes que connaissent les individus. H. Rosa nous explique combien l'accélération du temps, dans les domaines socio-économique, comme dans la vie quotidienne des personnes, ne permet plus à l'état de disposer de temps dans l'élaboration de sa politique. On sait en effet l'importance que prennent les échéances électorales dans les processus décisionnaires. Ainsi, Le nombre d'action par unité de temps augmentent sans cesse et forment un brouhaha d'activité incessant qui bloquent les possibilités d'analyse et de réflexion à long terme. Tout est instantanée, présent, et ce qui ne l'est pas n'existe plus et se perd dans les brumes d'un temps étiré à l'infini. « Au bout du compte, vous voyez bien, c'est l'augmentation du nombre d'actions par unité du temps, l'accélération du rythme de vie qui nous bouscule tous.»26 Selon lui l'accélération technique est lié à une accélération social avec par exemple le mode de diffusion de l'information. D'une part elle favorise l'apparition de sources d'informations parcellaire ou orientée qui parasitent fortement l'opinion publique. D'autre part elle fait l'objet d'un chassé croisé permanent entre les différents médias qui veulent être à « l'origine » de tel ou tel information ce qui induit des réactions de plus en plus rapides et confuse: « Il est frappant de constater combien des successions d'événements du mois précédent, ou de quelques jours auparavant, parfois même de quelques heures, auxquels nous donnions tant d'importance, qui nous semblaient chargés de signification, disparaissent de notre mémoire. »27 En effet, la durée de vie d'une actualité est aujourd'hui extrêmement réduite. les journalistes ont à peine le temps de la décrire et l'analyser, les gens de la comprendre. En effet l'actualité telle qu'elle est traité par les chaines d 'informations (BFM, LCI, France 24 etc.) mais aussi par les médias en général prend un caractère immédiat et instantanée. Elle est très rapidement chassée par d'autre informations qui se succèdent dans une valse infernale. Les informations reçu en début de journée sont éclipsé par des dizaines d'autres. L'information est instantanée et provoque une réaction immédiate et même éphémère, elle est marquée par une absence de pérennité qui nuis au débat d'idée. Au final, nous avons tous l'impression de vivre dans une instabilité permanente, un présent court et permanent où des faits rapportés le matin semblent avoir perdu toute leur valeur le soir même, dont nous ne savons plus quoi penser voir même qui disparaissent totalement de notre esprit. L'auteur souligne la perte de notre emprise théorique sur le monde, la régression de notre capacité à élaborer une réflexion de fond, notre difficulté à appréhender le sens et les conséquences de nos actions. Les temps de délibération, de réflexions, de formulation et de reformulation de tel ou tel idée, de test, de construction sont de plus en plus rare. Il cite comme exemple le fait qu'en politique, le parti victorieux n'est plus celui qui présente les meilleurs arguments ou le meilleur programme, mais celui qui sera doté des images les plus frappantes. H. Rosa nous décrit le règne de « l'opinion rapide »28 , des décisions politiques réactives. C'est selon lui le règne de l'« aléatoire et de la contingence »29 au sein duquel un seul aspect d'un problème important se voit retenu par les médias, souvent par hasard, ou parce qu'il fait réagir et donne des images, puis il devient peu à peu le sujet unique du débat: « Car les images vont vite, les arguments lentement. » Ainsi, le point de vue illusoire et réactif de l'opinion général, n'est que la conséquence aléatoire d'une constellation d'événements eux-mêmes aléatoires. H. Rosa en arrive même à comparer l'accélération sociale à une forme inédite de totalitarisme qui « toucherait toutes les sphères de l'existence, tous les segments de la société, jusqu'à affecter gravement notre soi et notre réflexion. »30 Conclusion Nous avons vu l'importance des difficultés rencontré par les associations qui entendent utiliser les médias pour attirer l'attention sur leurs actions et sur les problèmes qu'elles dénoncent. Ces derniers, comme le souligne le sociologue Hartmut Rosa, sont pris dans un phénomène d'accélération qui touche non seulement l'actualité et la manière dont elle est relayé par la presse mais aussi la société tout entière. Les associations dans leur activité de lobbying doivent peser sur les politiques pour être efficace. Or, le politique et la décision politique est une chose qui nécessite du temps. En effet pour qu'un décision soit pérenne et efficace, elle nécessite d'être élaborée patiemment, dans l'analyse et la réflexion. Pas dans l'urgence et la précipitation. En s'emparant des médias, dans le but de créer un relai entre les citoyen et l'État, les associations ou les collectifs qui utilisent ses méthodes sont indiscutablement victime des vices de l'outil auxquels ils font appelles pour relayer leurs revendications. Même si les médias sont un moyen d'offrir au mouvement une visibilité important,

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